L'interview cigarette

Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 17:56
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Eden Morfaux

- Comment s'est passée l'installation de l'oeuvre avec l'école ?

J'ai été invité à faire une exposition dans la galerie qui se situe au rez-de-chaussée. Je n'étais pas très intéressé par cet espace mais plus par le parvis devant, non carrossable et qui n'est accessible qu'aux piétons. J'ai proposé à l'école de tenter de faire une sculpture en extérieur, qui fasse disparaître la vitrine de la galerie, qu'elle vienne l'engloutir, pour remonter sur la façade de l'école et même la dominer. L'idée était que la sculpture soit en concurrence avec l'école et qu'elle ne puisse pas rentrer dans le bâtiment. Elle a une vraie nécessité d'être présentée à l'extérieur. L'école m'a accompagné pour la mise en place d'une telle sculpture et les autorisations, puisque ça se passe hors d'une programmation d'art monumental.

 

itv-cigarette-2366.JPG- Et depuis l'installation?

La sculpture a sa vie propre puisqu'il n'y a pas de distance entre elle et le public : on peut s'en approcher et même la gravir en partie. Elle est complètement accessible, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Elle a les stigmates de sa présence dans l'espace public : elle est usée, elle est piétinée mais d'une manière positive car, ça veut dire que les gens viennent la parcourir. Elle est taguée, graffée, augmentée d'interventions plutôt graphiques de personnes qui profitent de cet élément visible dans l'espace public pour y ajouter leurs signatures, des pochoirs, des peintures, ce que je trouve très bien... Je trouve surtout ça très beau que cet objet pur, minimal et blanc, invite plus qu'il ne subit, un peu comme une page blanche. C'est comme un défi finalement : cet accessibilité devient visible.

 

- Justement, c'est plutôt rare qu'un artiste confronte aussi frontalement ses oeuvres avec le public, est-ce que c'est une motivation qui guide l'ensemble de vos recherches ?

Oui, pour annuler la distance. La galerie crée une distance. Je n'ai rien contre les galeries mais là en l'occurrence, j'ai insisté pour ce ça soit une sculpture dans l'espace public car, c'est la raison de ma présence et du travail mené avec les étudiants. Quand j'ai dit aux gens qu'elle allait être blanche on me disait « elle va être sale, elle va être abimée », mais c'est un défi. L'utopie dans mon travail elle est là ! Je rends la sculpture accessible et en même temps, personne ne peut m'empêcher de la faire blanche, même si elle ne le sera plus le lendemain de son inauguration. C'est une donnée que j'intègre et c'est ce qui me confronte au public. La seule distance que j'ai créé c'est avec le sommet de l'oeuvre, avec cette flèche qui restera pure et blanche, et qui maintiendra une sorte d'intégrité à l'ensemble. Ce sont les limites que j'ai accordé et que la sculpture génère d'elle-même : elle a de toutes façons une dimension inaccessible, elle dépasse l'échelle humaine, elle est de l'ordre de l'architecture.

 

- Si on vous proposait que la sculpture reste, ça vous irait ou est-elle vouée à être éphémère ?

En fait, je ne fais jamais une sculpture dans l'espace public en pensant qu'elle va rester. Les matériaux utilisés ont d'ailleurs une durée de vie limitée. Je fais une proposition, je n'impose pas. On « impose » un monument : à la mémoire de telle guerre, de tel personnage... C'est plutôt une expérience qui a une durée dans le temps, avec son usure, ses modifications. Mais elle doit disparaître à un moment. Elle modifie l'espace, dans le temps. Par contre, ce qui se passe assez souvent et ce dont je suis assez ravi, c'est que l'exposition est prolongée, comme ici. J'ai même une sculpture à Villiers-le-Bel le Bel qui devait rester un mois et qui est en place depuis 3 ans... J'aime bien que la sculpture arrive à déterminer sa propre fin, j'aime cette capacité de résistance. C'est une réponse à ma proposition. Ou bien il y a un refus, une demande de démontage anticipé, ou les gens veulent qu'elle reste. Mais ça n'est jamais de manière pérenne, ça ne m'intéresse pas. Le rapport à la sculpture est aussi plus facile quand on sait qu'elle ne va pas rester, on l'accepte mieux car elle ne véhicule pas des idées que les gens ne partagent pas, comme peuvent le faire un monument. Et en l'occurrence, je veux juste faire exister mon travail, autant dans l'espace public que la galerie.

 

Parvis de l'Ecole des Beaux-Arts de Nantes,

Exposition jusqu'au 16 décembre (visible jusqu'à début janvier)

http://www.edenmorfaux.com/

 

Garance Hamon

 

 

 

Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 17:40
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Patrick Tourneboeuf

 

- Est-ce que c'est difficile d'être un artiste et de s'appeler Tourneboeuf ?

Non au contraire, c'est un nom d'artiste...(Rires) En fait et en vérité, je ne me suis jamais posé la question, et on ne choisit pas son nom ni son prénom de toutes façons. Je trouve ça même plutôt sympa.

Bouffes-du-Nord--11.jpg

- Les photos montrent à la fois des lieux marqués par l'Histoire mais elles peuvent aussi se voir comme des auto-portraits. Est-ce une trace du moment où vous étiez ou un témoignage en fait ?

Les deux. C'est une part de soi-même puisque l'on décide d'y aller, et certaines images ne sont pas issues de commandes, elles naissent de la volonté personnelle de se déplacer dans des lieux de mémoire. C'est une manière de refléter son tempérament, son esprit ou sa psychanalyse... s'il faut en parler. Je produit très peu d'images, je travaille à la chambre, en argentique... C'est très posé et donc décalé par rapport au flux tendu des techniques utilisées aujourd'hui. Ça me convient parfaitement comme méthode de travail, de réflexion et de rigueur, ça me correspond bien finalement... Un auto-portrait, c'est sympa. Pourquoi pas en fait, je trouve ça plutôt flatteur.

 

- Justement, chaque image vous aide-elle à progresser sur vous-même ?

Oui bien-sûr... Alors là, on rentre vraiment dans la psychanalyse. C'est une manière de saisir la vie, sa propre vie, même si on ne la montre pas ou différemment, comme tout artiste, tout créateur. Après, c'est une histoire d'interprétation, faite par ceux qui la lisent, un passage à témoin. Je donne des pistes et ensuite les personnes y trouvent ce qu'elles veulent : une référence picturale, historique etc... Ça peut les faire chier, elles ne comprennent pas ou n'y trouvent aucun intérêt. J'écoute toutes les remarques, je suis pas vexé pour autant, bien au contraire. Heureusement qu'il y a des différences, parce que si tout le monde était pareil, ce serait d'une tristesse ! Si tout le monde utilisait un Iphone, ça serait con ! Oh, c'est un Iphone... (En parlant de mon « dictaphone »)

Archives-Nationales--04.jpg

 

- La présence de l'humain est assez particulière, soit dans l'absence, soit traité comme un motif, une composante de l'espace et de la photographie. Comment les percevez-vous ?

Dans la série « Next city », je suis allé prendre en photo les grandes banlieues en construction, à Pékin en Chine et à New Delhi en Inde. Ce sont des villes nouvelles qui se ressemblent et poussent comme des champignons, un peu comme ce que l'on a connu en France durant les 30 glorieuses : on a beau être à 6000 km, la mondialisation fait qu'on construit le même type d'immeubles que dans nos banlieues des années 60. Je crois qu'il y a une importance primordiale à voir des traces humaines réellement physique, même si c'est en tout petit face à ces immeubles déshumanisés. C'est le but de leurs présences, de nous ramener à une échelle humaine, de créer un lien avec nous-même, comme de se souvenir qu'on peut être des grains de sable sur une grande plage. C'est la force de la photographie, de synthétiser ce genre de pensées en une image.

 

- C'est presque tellement évident en fait...

Oui, mais la photographie, c'est l'acte créatif le plus évident qui soit. Simplement, il est tellement évident qu'on en perd presque le sens. Par exemple, on fait des photos avec son téléphone portable, on les accumule, on a à peine l'occasion de les regarder, de les saisir, de les trier et puis un jour, le téléphone tombe par terre et on perd tout. C'est là où on peut dire que les photographes ont cette chance d'être conscients de cette inconscience culturelle.

 

Monumental

Du 25/11/2011 au 07/01/2012 à la galerie Mélanie Rio http://www.rgalerie.com/galerie-fr/

http://www.tendancefloue.net/

http://www.qpn.asso.fr/fr/archives/Tourneboeuf.html sur l'exposition de la Quinzaine photographique à Nantes

Garance Hamon

Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 18:47
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Mélanie Vincent


vue-plaque-melanie.jpg

- Comment a commencé le travail montré ici ?

L'installation avec les plaques est un travail qui remonte à deux ans pour mon diplôme (Etendue 2). Il s'agissait de plaques d'un même format, mais en aluminium où j'avais inséré de petites LED, collé de la paraffine, fait fondre de la résine de pin au chalumeau ou martelé la plaque. C'était aussi pour évoquer quelque chose de géologique, comme des fragments de paysages. Je suis venue au Plexi' par la suite. Il réagit à la chaleur à l'aide d'un décapeur thermique, et je contrôle plus au moins ce qui se passe. En fait, je pars toujours de surfaces – bois, alu, papier, etc - pour les troubler par la lumière, des trous, de la pyrogravure, qui créent des incisions, des reliefs... Il y a soit quelque chose qui essaie de sortir soit de rentrer, mais il se passe toujours quelque chose à la surface.


- C'est en regardant d'anciennes photos que tu as vu cette « tache de Mariotte », qu'est-ce qui t'a intéressé dans cet effet, en dehors de ce que tu pouvais en tirer plastiquement ?

Effectivement, c'est un peu le point de départ de mon travail. C'est arrivé lorsque que j'ai repris en photo des photographies de mon enfance. Cette tache aveugle est apparue, avec le flash qui se réfléchissait à la surface. Mais je n'y avais pas pensé avant. Selon les photos, c'était quelque chose entre l'apparition et la disparition, une présence dans le paysage, quelque chose d'un peu spectral...Qui effaçait de manière assez violente une partie ou la totalité d'un visage, sur des images plutôt idylliques car tirées de moments de l'enfance. C'est vraiment de là qu'est parti cette envie de troubler les surfaces de représentations.


- Il y a donc une envie de troubler la représentation, y compris dans l'espace ?
Oui, c'est d'être à la limite. Je suis en effet dans des choses planes, avec le dessin pour base, mais je suis aussi et de plus en plus vers la sculpture finalement, c'est un peu entre-deux.


- Ton travail te fait penser à ce que font d'autres artistes ?
C'est pas évident de sortir le bon... Il y a des rapports avec le travail de James Turrell sur la couleur, la lumière et l'abstraction que je trouve très fort, notamment celui sur les cratères. J'aime beaucoup les cratères ! Il y a aussi Olafur Eliasson, mais je n'ai pas vu beaucoup d'instal' en vrai...


plusieurs polaroids

 

- Dans tes images notamment les polaroids, il y a un effet de mise à distance par le flou, la lumière un peu diaphane et en même temps, ça nous plonge dans un imaginaire. Tu veux créer cet espace là ?
C'est vrai que ça m'intéresse, cette possibilité de narration, de projection... Ces polaroids, c'est un peu une base de données, des moments où je sens qu'il y a quelque chose d'un peu étrange, de difficile à cerner...

 

 

- Ces grands espaces, cette lumière, ça se rapproche de l'idée du sublime ?
Oui, il y a un peu de romantisme là-dedans. J'aime bien jouer avec la contemplation, le paysage, même si je les perturbe. Par exemple dans ce paysage qui est un peu fou, la lumière y est tellement violente que l'on ne peut pas vraiment le regarder en face à moins de se faire, physiquement, mal aux yeux. C'est un sublime violenté.


- Un prix, ça fait plaisir, ça contrarie ?
Non, ça fait plaisir, surtout pour l'atelier qui va avec pour deux ans. (le micro est sensé être éteint, nous continuons de parler) Mais en insistant un peu, ça donne accès aussi aux ateliers techniques de l'école des Beaux-Arts, ce qui tombe bien car je ne suis pas encore assez équipée.


polaroid mélanie

 - A terme, tu pourrais envisager de faire faire tes gravures en partant de tes dessins ?
Pour l'instant, j'aime faire moi-même les gravures. C'est l'acte, tout le processus que je trouve hyper intéressant. Peut-être lors d'ateliers, pour des résidences à venir...

(Le micro est repéré, on continue l'interview)


- Comment tu vois évoluer ton travail ?
Dire précisément, vers quoi... Je vais rester dans cet entre-deux autour des gravures, dessins, sculptures... C'est vrai qu'au début, il y avait une présence humaine un peu plus importante et peut-être que cela va revenir. J'aime bien aussi quand il y a des figures, le regard de ces personnes m'intéresse.

 

 

 

Ici, avec Geoffrey Crespel et Siegfried Bréger
L'Atelier, jusqu'au 20 novembre, Nantes

 

RN 137, avec Armand Morin, Ernesto Sartori
Vernissage vendredi 18 novembre à 18h30, exposition collective du 19 novembre au 17 décembre 2011 à 40mcube, Rennes

http://cargocollective.com/melanievincent

 

Garance Hamon

 

 

 

Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 16:54
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DSC03549.JPG

Chloé Jarry

 

- De quoi est-il question dans l'exposition ?

Je suis parti d'un texte de Bruce Bégout, qui est tiré de son livre « La découverte du quotidien ». Il parle d'un quotidien bien spécifique, celui que l'on ne voit pas, qu'on ne ressent pas parce qu'il est tellement « quotidien » justement, tellement omniprésent, qu'il est recouvert par lui-même. Et cette notion là m'intéressait en tant que position artistique. De déceler, décaler, de mettre en avant cette notion-là. Ensuite, j'ai fait appel aux autres artistes. Je leur ai soumis le texte et voilà, ça a créé...

 

- Comment présenter ton propre travail, c'est de la sculpture, de l'installation ?

Souvent, c'est de la sculpture. Là aussi en l'occurrence, avec les pâtes en faïence que je montre. Il y a aussi une grosse partie de travail in Situ, comme ce que j'ai fait dans le bassin de l'Atelier où je travaille par rapport au lieu. J'aime bien dire que mes sculptures sont comme des appendices de lieux parallèles.

 

- Il y a aussi l'importance du blanc dans ce que tu fais, qui vernis les pièces, les englobe..

C'est de l'émaillage en fait, parce que je travaille la céramique. La blancheur apporte une certaine discrétion : le blanc, c'est la couleur qui efface tout et permet de mettre en avant d'autres choses. C'est une notion très importante pour moi. La discrétion, c'est aussi en mathématique, une suite, qui présente à un moment une interruption. Ce jeu de mots me plaît bien aussi puisque mes sculptures sont aussi une sorte d'interruption logique, car il y a une reproduction d'un objet en faïence, en céramique, d'où un décalage qui peut sembler léger lorsque l'on passe devant.

 

- C'est la première expo que tu montes, est-ce que c'est dur à mettre en place ?

De monter le dossier c'est sûr, c'est pas forcément une partie de plaisir, je préfère faire de la sculpture! Mais je n'ai pas rencontré de problème particulier, les artistes invités sont autonomes et se sont entraidés. Et c'est toujours intéressant de faire la communication autour de son travail. C'est plaisant car un travail qui n'est pas montré, c'est un travail qui n'existe pas finalement.

 

- Les artistes sont bien formés à parler de leur travail?

Non, je pense pas !(rires). On dit des bêtises, mais bon, ça fait partie du jeu. Il y a d'autres personnes qui savent beaucoup mieux en parler que nous car c'est une question de mise à distance, que l'on a pas toujours lorsque les pièces sont toutes fraîches. Et certains artistes ont un rapport fusionnel avec leur création.

 

Que sera, sera

Atelier Alain Lebras, 15h à 19h. Jusqu'au 30 octobre

Avec les oeuvres de Jules BOUTELEUX, David DROUBAIX, Simon DRONET, Laurie ETOURNEAU et Lucie ORBIE, Julien FARGETTON, Cat FENWICK, Guillaume FOUCHAUX, Adrien GUIGON, Elise GUIHARD, Pierre-Yves HÉLOU, Cholé JARRY et Romain RAMBAUD

 

http://www.chloejarry.com/

 

Garance Hamon 


Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 18:26
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Laëtitia Donval -

 

Tu utilises des registres très différents - gros plans, groupes, paysages, noir&blanc, photo très directes, d'autres plus posées - est-ce une manière de montrer les différents états de l'humain ou c'est une préoccupation de l'ordre de la photographie?

Cela correspond en fait à ma vision, de maintenir cette tension entre quelque chose de direct, brutal et quelque chose de plus retiré, entre l'indécidable et l'instantanéité. Ça doit traduire ce que je ressens sur le moment, comme une espèce de coexistence de sentiments parfois contradictoires. La série Fest parle du retour dans une maison familiale après des années de voyages et d'excès, et celle sur le village des côtes d'Armor, de là où je suis née. On y voit à la fois cette tension entre brutalité et tendresse, entre une exposition de soi et de l'autre avec le flash par exemple, et quelque chose de plus sourd, qui se dissimule, sur une surface opaque. J'ai utilisé pour cette série sur la maison des pellicules périmées, il y a cette notion d'image mal faites, parfois inattendues ou avec du grain, de l'imperfection. Je souhaite livrer un objet brut y compris dans l'accrochage, pour montrer les images telles qu'elles ont été prises.

 

Tes photos fonctionnent sur le mode du journal. Qu'est-ce qui prime : la photo qui donne un sens à la vie ou l'inverse, ou bien est-ce qu'il n'y a pas de sens?

Oui, je crois que c'est la vie qui donne du sens à la photo. Après, c'est une histoire de construction, de fantasmes, de noirceur, je suis pas mal influencée par des personnes qui présentent des idées très brutes et contradictoires, un mélange des sentiments, comme Dostoïevski. Ces fêtes de villages, on peut les voir de manière tendre ou pathétique. Ce sont des choses qui, dans ma manière de les percevoir, ne se donnent pas d'emblée et je veux les montrer comme ça.

 

On peut y voir une filiation avec Nan Goldin, exposée à côté (The Ballad of Sexual Dependency)?

Oui, dans cette préoccupation pour la faille humaine, c'est effectivement quelqu'un de précurseur. Il y a aussi les Nordiques, qui travaillent de manière assez brute, à l'instinct comme Anders Pettersson, JH Engström exposé à la Quinzaine. Ils travaillent avec leur vie, se demandent qu'est-ce qu'on fait en étant là, sur cette incessante interrogation de notre place dans le monde. Mais ce n'est pas une préoccupation égocentrique. On la retrouve souvent chez les photographes qui, je trouve, ont du mal à gérer ça : de prendre du réel, de le montrer.

 

Qu'est-ce que tu ne montrerais pas ?

(Blanc) Une photo de chien écrasé... En fait, dans cette pratique du journal photographique depuis Nan Goldin, il y a eu, non pas cette « école », mais des gens qui ont voulu rendre leur vie rock 'n' roll par la photographie sauf que l'intérêt de Nan Goldin c'est justement que sa vie était passionnante, qu'elle vivait dans ce milieu riche et foisonnant. Mais c'était une autre époque, aujourd'hui c'est différent. Ce qui me fait un peu peur moi, c'est la perte de l'innocence : plus on avance, plus on fait les même photos. J'ai peur de la répétition, de perdre cette capacité à s'écouter.

 

Nerves / Fest / La maison : exposition à la Quinzaine Nantaise de la Photographie, jusqu'au 16 octobre. Visible au lieu unique.

http://www.qpn.asso.fr/

http://aout.over-blog.com/

 

Garance Hamon