Carnets d'ailleurs

Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 09:13
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mirkoMartinIntro.jpgL'itinéraire choisi à Berlin fut celui de la photographie, avec pour fil directeur la guerre qui ici aussi (*) interroge institutions et artistes suite aux célébrations récentes du 11 septembre.

 

 

Celle de la rue déjà, posée par le prix TALENTS 25 de la Jeune photographie gagné cette année par le berlinois Mirko MARTIN exposé au centre photograhique  CIO de Berlin qui choisit de parler indirectement de notre  indifférence aux violences du quotidien en présentant une série dense mélant prises de vues réelles et réels tournages cinématographiques à Los Angeles, ville où les 2 se confondent continuellement.

 

"LA  crash" entre lumières du jour et sur-éclairages de tournage traite des territoires de la violence dans l'espace public, celle d'une police ou celle d'un sans-abri, d'une voiture renversée, d'une rue laissée à l'abandon, d'un feu lointain comme d'un homme en feu, nous projetant voyeur d'un monde fabriqué comme une fiction... à moins qu'il ne s'agisse de la réalité ?

 

"What you have to do is enter the fiction of America, enter America as fiction. It is, indeed, on this fictive basis that is dominates the world." (Jean Baudrillard)


 

  MIRKOMartin.jpg

 

 

"NOIR" dans la même salle est une vidéo étonnante, toute en noir, avec comme seuls "acteurs" les sous-titres blancs retraduisant les échanges d'une conversation banale enregistrée dans la rue, auquel on a rajouté en fond sonore une mise en scène de sons d'hélicoptères rajoutant un sentiment d'angoisse. Quand la peur se mèle à l'imaginaire....

 


 

Autres guerres, bien réelles cette fois, celles de Gaza, d'Israël, d'Irak, d'Afghanistan et de Jordanie, photographiées par la photographe allemande Anja NIEDRINGHAUS, une des rares photographes femme reporter de guerre, et 40 photographies tirées de ses 10 dernières années de reportage. anja_niedringhaus.jpg

 

 

Un seul traité, le noir et blanc, pour des compositions narratives d'une très grande éloquence. 

 

Car le sujet est grave mais pourtant on veut en voir plus encore tant son talent réside dans cette capacité à traiter - avec humour même souvent - sans jamais prendre parti cependant - des tragédies humaines tant du coté des soldats que des populations, qu'engendrent ces conditions de conflits extrêmes.

 

"If I don't photograph it, it won't become known."

 

 

 

Le centre photographique de Berlin finit par une grande exposition sur le thème de l'évolution des notions de terreurs et de terrorisme et des créations d'images autour de ce vaste sujet désormais.

 

 

 

A la NEUE NATIONALGALERIE, la photographe et artiste américaine Taryn SIMON parle elle aussi du quotidien et de ses petites guerres. (**)

 

Celles liées aux mémoires de nos "ancêtres" avec le fait divers comme trame et la lignée de famille comme illustration. NeueGalery.jpg

 

 

Un vrai travail d'ethnologue puisque l'artiste illustre ses recherches avec toujours le même protocole : une généalogie photographiée de la même façon sobre - une histoire qui unit tous les membres d'une même lignée que cela soit la maladie, l'injustice, une erreur, un génocide, un don, une croyance ou une haine de toujours - avec l'idée de répétition et de cycles qui s'y associent; enfin quelques indices qui nous en offre un peu plus "à voir".

 

 

Par ce biais, c'est un peu l'humanité entière qui se raconte sous nos yeux. 

 

 

"A living man declared dead and other chapters" fait penser à nos mémoires individuelles et collectives bien sûr, mais réussit aussi à en individualiser les destins, les humaniser encore un peu plus.

 

 

Voilà donc en partie de quoi passer de bons moments chez nos amis allemands

 

Et sinon, à Berlin, les gens fument encore .... un peu partout. 

 

Alors il faut vite y aller avant que cela ne change là aussi

 

 

 

(*) Voir aussi dans blog  LE BAL "Topographies de la guerre" à Paris

(**) Ci-dessous une interview en anglais de l'artiste lors de la même exposition à la TATE à Londres : http://channel.tate.org.uk/media/974388916001]

 

 

 

 

Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 09:25
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CPALoin des représentations conceptuelles et minimalistes de l'art, les quelques galeries et centres d'art visités à Stockholm donnent l'impression de privilégier les courants figuratifs à travers des représentations poussant la narration vers les limites de la fiction - laisser parler l'imaginaire le plus largement possible et s'évader autrement...

 

Les espaces sont souvent vastes et l'accueil chaleureux derrière des facades aux couleurs passées faites de roses, de jaunes et de couleur terre.

Des ascenseurs industriels, des galeries souvent largement lumineuses, 2 fondations et  un centre d'art au coeur de la ville.

Extraits : 

 

 

"FAREWELL EDEN" à la galerie Christian Larsen présente un ensemble de sculptures suspendues en latex du suédois Christian-Pontus ANDERSSON.

 

                                           CPA2.jpg

Ici l'artiste fait déborder un univers personnel (ses proches notamment) avec des représentations imagées et poêtiques où corbeaux, cygnes, agneaux apparaissent comme les signes de "fragments de vie qui ne sont plus", des "alias fictifs" ou l'idée d'extensions angoissantes du jardin d'Eden évoquant des malaises paradoxalement purs et épurés : 

 "Plus nous semblons sécurisés et plus notre rapport à la réalité s'éloigne. Soudain la sécurité apparaît comme la mort (...) Un beau royaume de mort.(jusqu'au 2 octobre).

 

 

danoise.jpgAu Centre culturel, la photographe Tina ENGHOFF avec 7 YEARS met en scène au sein de paysages flous et poêtiques des chutes, des abandons, des scènes d'isolements, d'apparitions frolant la disparition de femmes prôches de la déchéance car tombées sur le coup des effets de la loi danoise des "7 ans de mariage sous peine d'expulsion" votée en 2001 pour lutter contre les mariages blancs, et les menant parfois à un intolérable état de clandestinité. 

 

Obligées donc de parfois rester avec des hommes violents et l'impossibilité de retourner dans leurs pays sous peine d'y être vues comme des prostituées ou des parias, ou simplement parce-qu'elles sont devenues mères entre-temps, ces femmes photographiées racontent et mettent en images l'état de servitude ayant eu des conséquences sur leurs propres conditions de vies.

Sociale donc est la démarche de cette artiste qui, par des interviews filmés et de beaux visuels symboliques, montre ces femmes au sein de paysages nus, cherchant à faire évoluer concrêtement ce qui devrait être l'évidence des droits humains. (jusqu'au 9 octobre)

 

A la galerie Charlotte Lund, l'artiste hondurien de formation suédoise Marco CUEVA expose ses "MYTHOLOGIES", soit un ensemble d'objets sensuels, élégants et cérébraux, empruntant aussi bien à la noblesse des matériaux traditionnels de la sculpture classique comme le marbre ou le bronze, comme aux influences extérieures avec l'utilisation de bois exotiques ou de clous issus des traditions sculpturales africaines. (jusqu'au 1er octobre)

 

        MarcoCueva

 

 

Dans un coin, un visuel restant de la dernière série photographique de Denise GRUNSTEIN, DGLundavec plusieurs mises en scènes d'inspiration surréaliste, voir "magrittienne", de femmes, de plages du Nord vides, de tables et de cheveux. 

 

 

 

 

LOCHNESS.jpgA la galerie Nordenhake, l'artiste irlandais Gerard BYRNE propose autour de l'étude sur plusieurs années du LOCH NESS et de son mythe, un ensemble de photographies de reportages noires et blanches rassemblées en de jolies compositions proches du land-art, une vidéo et plusieurs éléments naturels rassemblés présentant un ensemble global d'investigations. (jusqu'au 2 octobre)

 

 

 

Autre travail multiformes, l'inventive américaine Andrea ZITTEL dont l'entreprise A-Z "englobe et enquête sur tous les aspects de la vie de tous les jours incluant meubles de maison, vêtements, nourriture afin de mieux comprendre la nature humaine et la construction sociale des besoins." magasin3dehors

 

Présentée dans ce lieu d'art industriel et excentré qu'est le MAGASIN 3 dont la devise est "Hard to find. Easy to love", cette courte rétrospective "LAY OF MY LAND" présente les aspects créatifs et pratiques à la fois d'une démarche plastique que l'on pourrait qualifier "d'esprit 70", sinon qu'il en ressort un formidable sentiment de liberté et d'énergie : mobil-homes repensés, vêtements stylisés et éléments décoratifs démultipliés re-créent à partir de matériaux usuels une nouvelle dynamique artistique du quotidien. (jusqu'au 11 décembre)

 

 

Pour finir les photographies joliment abimées et mises sous cadre des installations des artistes américains et jumeaux Doug + Mike STARN - présentées à la Wetterling Gallery - oeuvres monumentales en bambou installées sur les toits des musées, lors de la biennale de Venise ou au sein de leur atelier, avec également la présentation de montages photographiques inspirés de la nature ou faisant appel à l'histoire de l'art.

Visuels bruts et créatifs à la fois mélant matériaux et jeux libres de compositions photographiques. (jusqu'au 8 octobre) 


              dougandmike-starn.jpg

 

 

Voilà .... d'autres expositions biensûr... mais il faut savoir s'arrêter !

 

 

 

 

 

Lundi 16 mai 2011 1 16 /05 /Mai /2011 08:47
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IntroSinaaVous êtes installés à Nouakchott en Mauritanie, cela fait longtemps que vous êtes installés dans le pays ?

 

Marie - Je réside en Mauritanie depuis septembre1992. Je suis enseignante et Sinaa a démarré en 2005 avec une copine Française.

Isabel - Fin 2003, j'ai découvert la Mauritanie. Artiste peintre, je m'y installe en septembre 2004. Et en 2009 je me suis joins à Marie pour continuer Sinaa.

 

 

Vous présentez donc des oeuvres d'artistes régionaux, des peintures du Sénégal, des tapis ou des meubles d'ici, des bijoux du Mali, des tissus du Maroc, vos artistes sont-ils néanmoins majoritairement mauritaniens ? SINAA.jpg

 

Le but premier de la galerie est toujours de promouvoir les artistes, artisans, et petits producteurs locaux. Cependant, afin de créer des échanges et une ouverture vers des créations plus modernes, où le savoir faire traditionnel s'allie au design, on invite aussi des artisans de la sous-région (*).

 

 

Certains artistes font-ils des formations particulières en Art à Nouakchott ou apprennent-ils  de façon "artisanale", ici, dans les tribus du désert, ou par des formations au Maroc voisin ou au Sénégal ? 

 

Il n'existe que deux générations d'artistes plasticiens mauritaniens et ils sont tous des citadins. La majorité de ces artistes on appris les uns avec les autres ou avec des artistes étrangers qui se sont installés en Mauritanie. Quelques-uns de la première génération ont eu l'opportunité de fréquenter l'école de Beaux-Arts à Dakar (Sénégal). Quelques-uns ont aussi l'opportunité d'exposer ailleurs dans les pays de la sous région ou en Europe ce qui leur permet une ouverture à d'autres approches de l'art.

 

 

La Mauritanie, de par sa situation géographique particulière semble, avoir été une véritable terre de brassages et d'échanges. Diriez-vous que "l'art mauritanien" est un mélange entre les traditions du Maghreb et de l'Afrique Noire ? Et si oui, quelle place particulière tient la Mauritanie dans cette confrontation "frontalière" ? Quels sont les artisanats ou spécificités artistiques qui la distinguerait de ses voisins ? 

 

C'est plutôt le Sénegal et le Mali qui influençeraient les artistes Mauritaniens. L'artisanat maure, la caste de "M'allems" qu'on appelle les forgerons, aussi influence les artistes, mais reste spécifique des tribus Maures . Ses décorations géométriques se rapprochent du travail des Touaregs ou des Berbères un peu. Le travail des femmes est subtil avec de fins dessins peints ou coupés dans le cuir, des sacs, des coussins ou de petits objets. L' homme travaille le bois et les différents métaux, coffres, bijoux, pipes.

 

 

Vous représentez un art relativement traditionnel, quelles formes peut prendre l'art contemporain ici en Mauritanie ?

 

Il vous faut savoir que c'est en 2005 que pour la première fois, Nouakchott la capitale fut liée par goudron à la frontière du Sahara Occidental géré par le Maroc. Le pays était de cette façon coupé du Nord. Aujourd'hui avec l'internet les Mauritaniens ont une fenêtre sur le monde. Les dernières années on a eu des ateliers avec des artistes qui sont venues d'Espagne ou des Etats Unis pour travailler avec eux. Il y a une curiosité et une envie de faire. On espère pouvoir exposer une installation d'un artiste Mauritanien la prochaine saison, à suivre...

 

 

Nouakchott, la capitale, est une ville de moins d'un million d'habitants. Y-a-t-il de nombreuses galeries d'art ? Et quelles formes prennent-elles ?

 

il n'y a pas vraiment d'autres galeries privées mais le Centre Culturel Français et le Centre Culturel Marocain exposent régulièrement comme le Musée National. Il existe aussi quelques expositions dans de résidences privées ou dans les Hôtels. 

 

 

Ici en France, certaines associations, parfois mêmes des réseaux importants,  tentent comme vous d'aider au maximum les artistes locaux en Afrique, en Amérique ou en Asie, en achetant directement auprès d'eux sans passer par des intermédiaires. J'ai été étonnée néanmoins de la qualité artistique et plastique de ce que vous vendez en comparaison à ce que l'on peut voir en France. Sauriez-vous expliquer cela ?

 

Notre galerie fonctionne comme un lieu ouvert ou l'artisan ou l'artiste peut nous proposer directement ses oeuvres sans intermédiaire, ce qui n'est pas toujours possible. Ensuite nous somme exigeants au regard de la recherche de créations originales et de bien finis en artisanat. Quant aux artistes, on essaye d'éviter le pittoresque en regardant d'abord l'oeuvre globale de l'artiste et son parcours.

 

 

Et concrêtement ? Comment procédez-vous ? Vous-mêmes vous déplacez-vous parfois loin pour aller à la rencontres d'artistes locaux.

 

Comme je l'ai dit, tous sont citadins. Et dans la majorité des cas, nous nous déplaçons vers leurs ateliers. Quelques-uns nous ont aussi été aussi conseillés par notre réseau amical. 

 

 

Les récents événements d'enlèvements en Mauritanie ou au Mali ont-ils changé votre vie là-bas ? votre façon de travailler ou de vous déplacer ?

 

Globalement , notre vie n'a pas changée et nous ne nous sentons pas en insécurité.

 

Marie- En tant que fonctionnaire française je dois me soumettre a quelques contraintes de déplacement.

Isabel- En tant que portugaise, je me déplace librement.

 

 

Et Sinaa, cela veut dire quoi ?

 

Dans le Hassania ( dialecte arabe local) Sinaa signifie "création"

 

 

Vous avez mis notre site sur votre blog - Avez-vous un lien avec Nantes ?

 

Aucun lien particulier, on a trouvé votre site intéressant.

 

 

 

 

Interviews d'Isabel FIADERO (**) et Marie SALESSE - Galerie SINAA (Nouakchott, Mauritanie) - http://galeriesinaa.blogspot.com/

 

 

 

 

VISUELS :


Image d'introduction : Sculptures d'Oumar Bali -

Ensuite , regroupées de haut en bas, Peintures sous-verre de Mam Gueye - Bijoux de Gaoussou Kantako avec les perles millefioris - Productions de tapis de LA MATIS, tapis haut de gamme en laine de mouton et de chameau - Initiative du Comité pour la Promotion de la Femme par le Travail ( C.P.F.T. ) crée par Mariam Daddah (veuve du premier Président Mauritanien) et destinée à aider les femmes divorcées avec enfants a leur charge - Oiseaux d'Oumar Ball - Les tabourets de la Maison des sourds (grande exposition a la rentrée avec des tables, bancs, plateaux et boites a poubelle. Les dessins sont inspirées des motives traditionnelles africains, Peul, Soninkés)

 

 

(*) la sous-région soit les pays frontaliers comme le Mali ou le Sénégal

(**) http://mauritania-isabel.blogspot.com/

 

Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /Sep /2010 11:09
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Si l Inde est un pays souvent fascinant, y voyager n'est pas franchement de tout repos.

Apres un arrivée dans une Delhi chaotique, bruyante et insensée, je pris le train la nuit meme pour arriver le lendemain a Varanasi  (Benares) tout aussi arnarchique et polluée, malgre sa haute réputation spirituelle.

De Varanasi, je repartais pour Calcuta (Kolkata) pour y rester quelques jours, ou apres les miniatures du Nord de l'Inde et du Rajasthan, commencait une autre approche de l'Art, celle des tribus indiennes nommées  ADIVASI par le gouvernement - ou communautes aborigenes de l Inde.

Commenca alors un périple a la rencontre de l'Art tribal de ces régions du Nord-Est de l'Inde et du Centre, soit les Etats du Bihar, de l'Orissa, du Chhattisgarh et du Madhya Pradesh au sein desquelles se trouve la majorité (75%) des aborigenes indiens.

Les tribus ainsi identifiées vivent généralement dans des régions accidentées à l'écart des populations qui suivent le système des castes , sont plus égalitaires, parlent aussi généralement une langue identifiée comme tribale, ont leur propres médecines et sont généralement auto-suffisantes, bien qu’ avec le temps celles-ci se soient adaptées aux langues de leurs régions et leur degré d'isolement a grandement changé avec le temps.

Pour la plupart concentrées dans des secteurs très forestiers qui combinent inaccessibilité et intérêt politique ou économique limité,  l'économie de ces tribus est caractérisée par une agriculture de subsistance, la chasse et la cueillette. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Adivasi)

Par ailleurs, et la est notre propos, ces tribus se distinguent notamment par la grande qualité de leurs oeuvres plastiques, tant utilitaires, rituelles que sacrées, bien différentes des standards connus de l’art indien. (*)

Ces oeuvres faites de métal, de bronze ou issues de peintures et terres naturelles sont d'étonnantes démonstrations de la richesse de leurs imaginaires dont les rendus aboutissent souvent a des formes tres sophistiquées et sont le reflet d'une réelle vigueur en matiere de création.(**)

Soutenues par le gouvernement qui leur commande, achete et diffuse ces œuvres « tribales »,  notamment en échange d’aides alimentaires, ces créations « folk » et « traditionnelles » restent encore trés vivantes dans toute l’Inde.

Cependant chaque region témoigne d’une tradition artistique précise, toutes ayant néanmoins en commun l’ utilisation de pigments naturels pour les œuvres picturales, la plupart d origines végétales ou alimentaires, mais varient dans les couleurs choisies comme dans leurs sujets, et ce, selon les regions voir selon les tribus a l interieur d'une meme region.(***)

Au Nord-est, l'art dit des Madhubani dans l'Etat du Bihar, se caractérise par des compositions faites de cerné noir encadrant de vives couleursrama

Ces compositions racontent pour la plupart des scenes de l' Epic Ramayana (qui signifie en sanskrit « le parcours de Rāma » une des épopées mythologiques de langue sanskrite composées entre le IIIeme siecle avant JC et le IIIeme de notre ere IIIe).

Constitué de sept livres et de 24 000 vers, le Râmâyana est, avec le Mahâbhârata, l'un des écrits fondamentaux de l'hindouisme et de la mythologie hindoue.

"Ces épopées font le récit de princes justes combattant des princes injustes » et sont générallement un des aspects  de la pensee philosophique brahmanique. (****)

La tradition picturale rattachée a ce texte  le « Ramkatha » par les tribus du Bihar, enrichie par la poésie des symboles picturaux utilisés, rajoute une dimension « folk »  aux normes classiques de la narration qu’ils respectent néanmoins.

 L'Orissa plus bas perpétue  ce folklore narratif  de la mythologie hindoue en introduisant également des expressions artistiques plus riches en détails et complexité de la narration, Picture 017 ainsi que des oeuvres plus personnelles et « tribales » également,  saynettes de figurines  blanches ou colorées sur tissus ou papiers de couleur, proche du style des peintures préhistoriques que l’on retrouve également dans d’autres Etats de l’Inde.

Elles racontent le quotidien des populations autochtones, leurs bétails, leurs huttes, le travail dans les champs, les femmes et les enfants.

OrissaVillage

Sorte de « dentelle picturale », toute la beaute de ces œuvres réside justement dans leur extreme simplicité.

Plus engagé dans les croyances et traditions  locales, l’art réputé des tribus du Madhya Pradesh et du Chhatisgarh dans le Centre de l’Inde quitte les épopées hindous et trouve leurs expressions artistiques trés singulieres dans des formes  de célébrations des éléments  semblant entourer la vie des tribus reculées de ces régions.

Sont ainsi magnifiés oiseaux, animaux, arbres et végétaux dans des compositions aux motifs colorés sur fonds unis, reflets de leurs croyances et univers magiques.

Picture 002

 

Le Maddhya Pradesh étant devenu ces dernieres decennies un centre d'art et de formation artistique'  certaines oeuvres  évoluent également vers des styles complexes dans leurs élaboration et accentuent la force du sujet.

oiseaux

Si ces œuvres perpétuent encore aujourd’hui des traditions anciennes, certaines prennent des directions tres modernes. Par ailleurs, musées ou collections privées  détiennent des peintures ou pieces de bronzes tout a fait étonnantes de beauté  et  pouvant dater  jusqu'à 300 ans, parfois meme 500 ans.

 

Il faut aussi savoir que, comme nombre de communautes autochtones, les ADIVASI (***) rencontrent avec la modernisation de l’Inde, des problemes importants liés a la dégradation écologique comme de la dépossession et l’exploitation de leurs terres avec la complicité des politiques (accusations que rejette le gouvernement).

La sylviculture industrielle et l'agriculture intensive se sont avérées destructives sur les zones forestières qui étaient utilisées pour pratiquer la culture sur brûlis pratiquée par les Ādivāsī depuis des siècles.

De meme, dans l’Etat du Madhya Pradesh, du Rajasthan et du Gujarat, un projet de 30 barrages hydroélectriques destiné a permettre l’irrigation de milliers de villages et réduire les effets de la désertification des campagnes, implique aussi l’inondation des habitations de quelques 40 000 adivasis dont beaucoup vénérent les eaux comme des divinités. (www.narmada.org)

 

Une exposition "virtuelle" plus complete est présentée ICI et en album sur le site, avec la possibilité d'acquerir des originaux.

En attendant, le catalogue de l'exposition en 2010 au Musée du Quai Branly a Paris "Les autres maitres de l'Inde" vous informera sur les artistes les plus connus aini que de la vigueur des traditions artitiques de ces différentes communautés. (http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/expositions-passees.html)

ps : Le texte ayant été écrit de l'étranger, veuillez excuser l'absence d'accents dans certains cas.

Picture 008

 (*) « Egalement réputés pour les traditions vivantes comme la danse, la musique ou le théâtre, développées à la marge des grandes communautés hindoues, les représentations des Adivasi ont longtemps été porteuses d’idées préconçues bien éloignées de la réalité, tant par les Indiens que par les étrangers. »

(**) Les oeuvres prolifiques de la région de Madhya Pradesh et de Chattisgarh ont fait découvrir notamment d’excellents peintres populaires comme les contemporains Anand Shyam, Bhuri Bai, Dileep Shyam ou Nankusia Shyam.

 (pour en savoir plus, voir le catalogue de l’exposition en 2010 au Musee du Quai Branly « Les autres maitres de l’Inde » : http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/expositions-passees.html)

(***) 400 groupes tribaux et pres de 8,2% de la population de l’Inde

(****)« Aux origines de la philosophie indienne » de Johannes Bronkhorst)

 

@DR agnes duverney - pour le texte et toutes images representées.

 

                                                   

Par agnesd - Communauté : NANTES
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