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Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 21:33
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La Canalisation  est un projet situé à Paris de conférences-débats pour créer des réflexions ayant pour mot d'ordre "moins d'adjectifs, plus de verbes" et inciter également à l’action.                                                                                                                               

                                                                                        la canalisation marques-et-artistes

 

 

Le 9 avril dernier, ce groupe a réunit de façon simple et presqu'informelle tout un public et (normalement) le fonds de dotation Agnès b, l'artiste JR, des historiens, des publicitaires, des acteurs du développement durable ou des anti-pubs  (les intervenants) afin de "mieux comprendre les relations entre marques et artistes, quels sont les enjeux de la récupération de l’art par les marques ?"

 

"L’art est devenu un nouvel enjeu marketing. Les artistes sont directement intégrés aux plans de communication des grandes entreprises. Sont-ils pour autant à vendre ? La création ne s’adresse-t-elle plus qu’à notre carte bleue ?"

 

 

Dans un débat d'une heure 30 malheureusement essentiellement axé sur le rôle de la publicité dans nos sociétés (moultes fois débattu !), se sont confrontés donc les avis autour de la question publicitaire.

 

Quelle pub pour la pub finalement !!!     

 

 

Lé débat etait néanmoins intéressant parce-qu'il pouvait devenir philosophique : Quelle est devenue notre vie tout simplement ? Qui fabrique les produits que nous consommons ? Quelles valeurs achetons-nous ? Qu'achetons-nous en achetant la publicité qui va avec ? 

 

Et la réponse "philosophique contemporaine" que ce débat pose au début en partie est une réaction pour comprendre dans quel monde nous vivons tout simplement, quel est le rôle de la publicité ?

Que permet-elle ? Et quelles sont également ses conséquences tant au niveau de l'aliénation de l'individu qu'elle "manipule", de la pollution qu'elle génère comme du développement durable qu'elle pertube ainsi que du bon fonctionnement de l'économie de marché qu'elle permet également.

 

 

Par ailleurs, la twittérisation du débat qui pourrait ressortir de ces échanges   s'éloignant du sujet principal à savoir :

- Quid de la marchandisation de l'Art ?  Existe-t-il des mécènes désintéressés ?(...) Vous proposez des marques aux artistes ou des artistes aux marques ? (...) Construire sa notoriété avec une marque, aux Etats-Unis ça ne choque pas c’est normal. (...) Les artistes parlent de mort positivement ou pas, les marques dénient la mort.(...) Parlez nous de ce fond de placement de 3 milliards de dollar. Et de ces 3000 artistes. (...) Le mot mécénat n’a plus de sens, il faut parler de partenariat. Ou de sponsoring.

 

mais rien de tout cela sur leur site .. dommage ! 

 

Intégrité. Maitre mot du débat, disent-ils mais pas intégrité du compte-rendu en somme !

 

 

Beaucoup plus intéressant donc pour ouvrir le débat, ces 2 choix du collectif pour nous inciter à préparer la question et que je vous invite à écouter en priorité tout d'abord : 

 

- Extrait vidéo d’une conférence d’Ars Industrialis (*) de 2009 « Economie du désir et désir en économie », dans laquelle Frédéric Lordon, économiste et directeur de recherche au CNRS, y compare les valorisations esthétique et économique ou "ce que la valeur esthétique fait à la valeur économique".

 

 

                                       esthetique-eco.jpg

 

 

Une introduction intéressante donc aux concepts de valeur et d’esthétique.  L'art est-il une marchandise comme les autres ?

 

Il expose donc à une conférence, visiblement autour d'une réflexion "sociale-de-chercheurs"  sur la crise financière, sa théorie, ou du moins celle de Spinoza sur le rapport de la valeur esthétique avec la valeur économique - ou comment la valeur esthétique détruit et annule la valeur économique - ("la valeur creuse de l'Art et la valeur pleine de l'Economie, et donc valeur pleine qui serait creuse puisque ne trouvant pas de valeur "d'équilibre"),

et comment la valeur esthétique "devient un puissant dissolvant de la valeur économique". 

 

En partant de la notion de "création de valeur" qu'il définit chez Spinoza comme un affect lié au désir qui devient processus de valorisation commun, il analyse pour nous comment par la valeur esthétique et donc marchande de l'Art, on en arrive à définir tout simplement un lien avec la crise des subprimes en en comparant le principe fondamental d'une valeur qui tient, soit un réseau solide de valorisation. 

 

Je résume, mais franchement son intervention est passionnante et pour notre bonheur très simple à entendre et comprendre, d'autant que Fréderic Lordon est un économiste passionné.

 

directement sur le site de La Canalisation en parcourant le fil des photos puis des vidéos en une seule fois ou en 3 fois par ce biais traitant de la conférence en entier : 

 

VIDEO : 

1 - : http://www.youtube.com/watch?v=OLi2w5o5mhg&feature=channel

2 - : http://www.youtube.com/watch?v=7YZouR3nfy8

3 - : http://www.youtube.com/watch?v=_6jAEM4_xrE&feature=related

 

 

 

Plus loin, Bernard Stiegler (**), volontaire et passionnant lui aussi nous énonce plus succinctement  sa théorie du consumérisme qu'il dénonce comme quasiement "addictif" et qui ne marche actuellement plus du tout à son avis. 

 

Il prône un capitalisme "coopératif", une économie de contribution qui doit sortir du modèle consommation-marketing-logistique-distribution vers une technologie et un modèle économique coopératif, une forme d'"économie sociale", modèle de re-socialisation comme l'exemple de Wikipedia, les associations agricoles, le secteur bancaire coopératif  (40% du secteur bancaire en Allemagne !).

 

VIDEO : "Vers une économie de la contribution

 

                                                                                 economie-contribution

 

 

 

 

Bref, tout ça vaut quand même bien qu'on s'y penche un peu non et mérite mieux que la TV ?

 

allez on en reparle ? bonne lecture  et  bientôt ! 

 

 

 

 

 

(*) Ars Industrialis (http://www.arsindustrialis.org/) : association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit

(**) Bernard Stiegler : ex-directeur de l'Ircam et directeur de recherche et d'innovation de centre Georges Pompidou

 

 

Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 10:08
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Faisant suite aux réflexions du ministère de l'Education voisin, l'Ecole des Beaux-Arts de Paris a décidé, sans prévenir l'artiste, ni la commissaire d'exposition associée, de retirer une oeuvre en 2 banderoles et 4 mots offrant plusieurs lectures possibles (et égales) du slogan sarkozyste

TRAVAILLER - GAGNER - PLUS - MOINS 

Prévues depuis plus d'un an, elles étaient là dans le cadre d'une rencontre collective "Week-end de 7 jours" exposition des oeuvres d'étudiants de Royal College de Londres et de Lasalle College of the Arts de Singapour, "exposition à la connotation délibérément utopique" (source rue89 "Une artiste chinoise censurée par les Beaux-Arts de Paris") 


Personnellement je trouve étrange que l'on accepte d'être bombardé à la télévision publique d'une idéologie souvent  douteuse et on refuse l'affichage de banderoles artistiques d'un message présidentiel à plusieurs sens et ouvrant des champs de réflexions intéressants par ailleurs ? (travailler moins, gagner plus par exemple ! ndla)

 

L'artiste chinoise Siu Lan Ko s'inquiète (rue89) : 

 

« Je trouve dur de découvrir que cette forme de censure brutale puisse se produire en France. Il n'y a même pas de place pour la discussion, tout se passe dans mon dos et celui de la commissaire. Encore plus dur que cela se produise dans la plus ancienne école d'art française, où l'on est supposé encourager l'expression la plus libre des artistes.

Dur de croire encore que les enjeux économiques et politiques l'emportent sur toute autre préoccupation. Cela montre à mes yeux dans quel climat conservateur est tombée la France de Sarkozy, et à quel point celui-ci fait peur.".
 
"Siu Lan Ko, qui connaît bien les Beaux-Arts de Paris pour y avoir passé deux ans en résidence, avait imaginé deux bannières réversibles de 7 mètres de haut sur 1,2 m de large, visibles depuis les quais de la Seine et incluant simplement quatre mots. Selon le chemin que l'on empruntait, on pouvait lire les mots ci-dessous."


                                                       travailler_moins_gagner_plus_montage.jpg

 

L'artiste, 33 ans, vit entre Hong-Kong et Pékin, est une habituée des expositions internationales depuis 2003. Elle s’intéresse plus particulièrement au phénomène de la propagande et aux slogans http://www.kosiulan.net/


Alors que tout était calé depuis un an, catalogue imprimé compris, les oeuvres, après avoir été accrochées comme prévu, furent retirées sans même que l'artiste, ni la commissaire d'exposition en soient informées.

"La censure a été décidée par le directeur des Beaux-Arts, Henry-Claude Cousseau, rapporte la commissaire de l’exposition, Clare Carolin, du Royal College of Art de Londres.
«Pour toute explication, il m’a dit que cette oeuvre se moquait du président français». En quinze ans de carrière, elle dit n’avoir jamais été confrontée à ce genre de «censure». Pour protester, elle a décidé de remettre sa démission, et de repartir en Grande-Bretagne samedi. «Je me sens insultée, et je ne veux pas être associée avec cette censure.» (Libération "Travailler moins, censurer plus")

"Je demande que mon travail soit remis sur la façade et que l'école donne une explication officielle à cette censure et s'excuse. Je réfléchis aussi à une éventuelle action judiciaire. » dit l'artiste Ko.

Après une semaine assez étrange quand même, faisant suite à un autre mois étrange, voir à 7 années bizarres, j'aurai tendance à rejoindre l'avis de cet ancien premier ministre belge (pdt 8 ans) Guy Verhofstadt dans cette tribune du Monde du 11 février disant  "Il y a quelquechose de pourri en République Française".



ps : aujourd'hui encore après ce fait de censure, on apprends que 2 collégiens de 13 et 14 ans furent menotés et amenés au commissariat par la police car ils avaient utilisé leur carte de transport scolaire en période de vacances (source Le Figaro "Sans ticket de bus, 2 ados menottés")

.... well well well, ça commence à quand même vraiment sentir mauvais ici